Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Pourquoi parler de concurrence déloyale ?
Si on compare seulement les prix, donc à niveau pédagogique équivalent, on peut en effet dire qu'il y a concurrence. Mais est-elle déloyale?
Si on compare la qualité des prestations à prix équivalents, on constate que l'auto-école semble en donner plus. Il y a de nouveau concurrence, mais sur des prestations différentes.
Les coûts comparés.
En auto-école, un forfait AAC, affiché à €1.050 en vitrine revient à environ €1.400 (en cas de réussite à la première tentative), depuis les frais d'inscription à la présentation à l'examen pratique. Mais la moyenne d'une formation (en heures de cours), c'est plus 30 heures que les 20 heures légalement obligatoires. Ajoutons donc €400 pour les 10 heures supplémentaires, soit un total de €1.800.
Chez un loueur de voiture, pour €1.800, on a 72 heures de voiture, certes sans formateur à ses côtés, mais on est tout de même sûr d'apprendre un peu quelque chose. On peut même dire qu'on saura conduire “ comme tout le monde ” : stops coulés, stationnement sur les trottoirs, changements de file sans contrôles ni indication, oubli des distances de sécurité, multiples infractions et imprudences quotidiennes sans la moindre sanction.
On comprend que cela puisse inquiéter, car si les loueurs arrivent à s'implanter vraiment (c'est à dire si les auto-écoles ne parviennent pas à convaincre les constructeurs automobiles et les assureurs de leur casser les reins avec des tarifs assassins avant qu'il ne soit trop tard), les auto-écoles devront baisser leurs prix, du moins ceux des heures de conduite, tout en cherchant à se rattraper ailleurs (les forfaits-code, pourtant menacés par l'apprentissage au collège?). Bel exercice de voltige en perspective.
Bien sûr, il reste la solution pédagogique, c'est à dire le choix de la qualité.
La plus-value pédagogique en auto-école.
Incontestablement, dans ce domaine, les auto-écoles ont, à ce jour, globalement échoué. Un échec qui se constate avant, pendant et après l'intervention de ces entreprises qui, pour la plupart, luttent pour leur survie économique.
Avant...
On devient moniteur d'auto-école pour quelques milliers d'euros (j'ai entendu parler d'un formation facturée €7.000), le plus souvent payés par une collectivité ou un organisme public ou para-public qui finance ainsi l'accès à un métier en une courte année scolaire. Le niveau demandé reste modeste (le brevet des collèges, ou une équivalence), les conditions d'enseignement sont peu surveillées, les entreprises privées qui préparent à l'examen jouissent parfois de “ monopoles ” inexplicables, bref, on est là dans la pénombre qui entoure le monde étrange, et rémunérateur, de la formation professionnelle.
Pendant les 8 mois de formation, il faudra se préparer aux épreuves, et seulement aux épreuves, car seul le résultat compte. En effet, un centre de formation, s'il veut bénéficier d'année en année de la manne des financements publics, doit prouver son efficacité. Et c'est ainsi que les élèves ne sont pas tous logés à la même enseigne, et je me souviens de ces réunions qui étaient réservées aux élèves dits “ conseil général ” où j'imagine qu'on expliquait – je n'en faisais pas partie, je payais ma formation moi-même – des choses qui ne devaient pas être connues de tous. Fut-ce un miracle ? Tous ces candidats “conseil général” furent reçus, même un, en particulier, qu'on ne voyait en cours qu'un jour sur quatre...
La formation est donc beaucoup plus un dressage, une entrainement aux seules épreuves du mois de mai, qu'une préparation à exercer au quotidien un métier qui reste difficile, fatiguant, et peu considéré par les élèves, comme, au fond, par les employeurs.
Qu'en sera-t-il dans l'avenir, que donnera cette réforme du BEPECASER (Brevet pour l'exercice de la profession d'enseignant de la conduite automobile et de la sécurité routière) qu'on nous annonce pour 2011 ou 2012, dont j'ai entendu dire qu'il sera délivré après une formation de deux ans, à partir du niveau bac. Formation plus longue, pourquoi pas, mais cela signifie aussi formation plus chère, plus difficile, plus contraignante (et devenue inaccessible à ceux qui n'ont pas le bac, soit environ 20% d'une tranche d'âge). De meilleurs moniteurs sortiront donc de ces centres de formation, mais quelles perspectives de carrière leur donnera-t-on, devront-ils continuer à se contenter d'une totale absence d'évolution des tâches et des rémunérations, de salaires égaux ou proches du SMIC, et pourront-ils, par exemple, enseigner en dehors du carcan des auto-écoles agréées ? A l'évidence, allonger une formation ne résout rien, s'il n'y a pas aussi une réflexion sur l'économie générale d'une activité.
Pendant...
Mais que se passe-t-il donc dans les auto-écoles ?
On y enseigne, dit-on, le code de la route. On y enseigne ? Allons, cessons de nous moquer du monde, et de prendre les gens pour des imbéciles. Peut-on appeler “ enseigner ” le fait de faire tourner le lecteur de DVD devant des élèves sagement assis, “ zapette ” en main, qui passent des heures à apprendre par cœur des réponses qu'ils auront à donner le jour de l'épreuve théorique générale, l'ETG ? Et quel rapport cela a-t-il avec un cours (de code ou d'autre chose), celui-là même qu'il a fallu faire le jour de l'examen qui donne accès au diplôme de moniteur ? Quelle aide est donnée aux élèves, quelles explications leur sont offertes pour faire preuve d'intelligence, c'est à dire, au sens premier, de compréhension des problèmes théoriques (et pratiques) qu'ils seront amenés à résoudre ?
Encore ont-ils de la chance quand il se trouve dans les locaux un enseignant de la conduite, car, et c'est si souvent le cas, la seule personne présente est celui ou celle qui assure accueil et secrétariat. Les moniteurs, eux, font tourner les élèves en voiture, c'est plus rentable.
Mais il faut dire que maintenant les élèves, à qui on demande de l'assiduité aux séances de code, disposent d'autres moyens d'apprentissage : DVD divers et variés vendus un peu partout, et même accès, sur la toile, à des sites ouverts par les marchands de matériel pédagogique. Le plus drôle étant le mélange des genres pratiqué par la plus grande partie des auto-écoles : vente de l'accès à un site (€30), plus “ forfait code ” (€170). Dans les deux cas, c'est la même chose, mais à dix inscriptions par mois, cela représente une prestation où la marge brute tutoie le chiffre d'affaires (€2.000 TTC, €1.670 HT, pour un coût presque nul).
On enseigne aussi la conduite. Du moins on le dit, et on y passe des heures, pas les 20 heures qu'on présente aux nouveaux clients, même pas la “ trentaine ” d'heures qui est la norme habituelle des “ évaluations de départ ” (souvent faites dans une voiture, mais de plus en plus devant un écran d'ordinateur – encore une économie pour l'auto-école), mais plus souvent des quarante, des cinquante heures qui font grimper les budgets sans toujours garantir la réussite à l'examen. Voilà pour le temps passé, et l'argent dépensé.
Côté contenu, ce n'est pas beaucoup plus brillant.
Un exemple : on enseigne comme en 1950, c'est à dire qu'on apprend à conduire les voitures modernes comme on conduisait GMC à trois essieux-moteur, à grands coups de rétrogradage (en français, on dit plutôt rétrogradation) – c'est le fameux “ arrêt en seconde ” après avoir descendu tous les rapports. En revanche, pas question de faire vraiment utiliser le frein aux élèves, de leur apprendre à maitriser l'allure de leur véhicule, de les entrainer à une manœuvre dont ils peuvent avoir besoin au quotidien. Non, c'est avec la boite de vitesse qu'on contrôle son allure, on a toujours fait comme cela, et ce n'est pas vous qui allez m'apprendre mon métier...
Quand on a eu l'occasion d'être le passager des néo-conducteurs, ou qu'on a eu le plaisir d'être accompagnateur (dans le cadre de la conduite accompagnée) des jeunes gens ou jeunes filles qui vont sillonner les routes dans des délais assez courts, on se demande ce qui se passe pendant les leçons de conduite. L'un ne sait pas s'installer confortablement (et efficacement) face à son volant, ignore le placement judicieux des pieds face aux pédales, et roule à des allures qui inquiéteraient tout conducteur averti. L'autre a semblé réciter, à plusieurs reprises, des recettes apprises par cœur et dont on se demande s'il imagine à quoi elles servent. Le troisième, après plus de quarante heures de pratique, ignore comment faire un créneau, mais il faut dire que l'enseignant ne le laisse pas sortir d'un stationnement tout seul au début de sa leçon. Le quatrième s'arrête, la “ leçon ” terminée, à cheval sur le trottoir, sur une bande cyclable.
De quoi s'interroger, d'une part sur la qualité des enseignants, mais d'autre part sur les véritables motivations des auto-écoles. N'y a-t-il pas un désir de “ faire durer ”, un besoin de vendre des heures de conduite (qui rapportent pourtant peu, dit-on) pour produire du chiffre d'affaires ? Mais aussi de quoi s'interroger sur les méthodes pédagogiques (la fameuse “ pédagogie par objectifs ”) qui sont l'alpha et l'oméga de la profession, et hors desquelles il ne fait pas bon s'aventurer.
Après...
Les auto-écoles règnent sur la présentation des candidats à l'examen. Il faut préciser que ce sont elles qui reçoivent des droits à présenter des élèves, et non ceux qui signent une demande de permis de conduire. Le moyen le plus efficace, il faut le reconnaître, pour éliminer toute tentative de création ou de développement d'une autre filière de formation des élèves. Mais peu importerait si, pour prix de l'exclusivité, on offrait l'excellence.
Chaque année, les auto-écoles présentent des milliers de candidat à l'examen. Des candidats de deux sortes. Ceux qu'elles ont “ préformés ” et qui ont achevé leur formation, ou acquis leur expérience, dans le cadre de la conduite accompagnée. On peut croire qu'après 20, ou 25, ou 30 heures en auto-école, puis une centaine d'heures de conduite accompagnée (cette dernière phase n'est pas sans influence), que les candidats qui suivent cette filière ont appris à peu près autant avec un accompagnateur que durant les cours avec un enseignant – à moins qu'ils n'aient accumulé les mauvaises habitudes, évidemment. Elles présentent aussi les candidats qui sortent directement des cours de conduite, et qui sont encore tout frais, si on peut dire, des conseils reçus, mais sans grande expérience de la rue ou de la route, sauf ceux qui ont pris l'habitude de se déplacer de manière autonome (vélo ou cyclomoteur, par exemple).
La vérité oblige à dire qu'il est plus facile de réussir l'examen après une phase de conduite accompagnée, même d'un amateur ou d'un conducteur médiocre, que quand on sort directement des conseils d'un moniteur. Bien entendu, on parlera de l'expérience acquise, cette expérience qui fait qu'après quatre ou cinq ans de permis on ne s'immobilise plus au “ stop ”, ou on stationne sans vergogne sur les trottoirs, ou on s'offre allègrement des pointes ponctuelles à 100 ou 110 km/h pour dépasser quelqu'un qui roule à 85 km/h, ou on chevauche sans états d'âme une ligne continue pour dépasser un cycliste... C'est aussi cette expérience qui vous apprend la peur du gendarme, et à respecter le code de la route dès qu'il existe un risque réel et sérieux de sanction. Et qui apprend que, le jour de l'examen, on se surveille. Double compétence, donc résultats convenables.
Ce n'est pas la même chose pour les candidats qui viennent directement des auto-écoles, dont les taux de réussite sont beaucoup moins bons. Formation insuffisante, bâclée, méthodes pédagogiques inefficaces, enseignants peu motivés, on ne sait quelle hypothèse privilégier, mais les statistiques sont impitoyables.
Et tout cela donne une moyenne nationale de 50% de chances d'obtenir son permis à la première tentative, moyenne qui ne veut rien dire, puisqu'elle cache des disparités qui sanctionnent toujours les plus faibles, les moins instruits, les défavorisés dans tous les domaines.
Bon courage à tous.