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Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.

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Réforme du permis de conduire [3]

Il existe une annexe 2 au projet ministériel qui traite de la formation à la conduite. Il s'agit essentiellement de données statistiques dont je vais essayer de montrer que, si elles veulent dire quelque chose, on peut aussi leur trouver une autre interprétation (mais il s'agit d'une opinion personnelle).


"Près de la moitié des auto-écoles (qui sont de très petites entreprises - TPE) ont moins de 100 élèves au permis B par an", dit cette annexe. Avec une moyenne de 30 heures de leçons pratiques par élève, et un coût horaire de 40 euro (toujours en moyenne, ce fameux coût moyen de la formation au permis B de 1.200 euro TTC.), cela représente un chiffre d'affaires TTC de 120.000 euro TTC annuel. A cela, il faut ajouter 200 à 400 euro TTC (je prends ici une moyenne de 300 euro) par élève de "forfait code" et divers frais administratifs, ce qui amène à un chiffre d'affaires TTC global qu'on peut estimer à 150.000 euro par an.

Soit un chiffre d'affaires HT, ce qui rentre effectivement dans la caisse, de 125.000 euro, soit à peine plus de 10.000 euro par mois. Il serait intéressant de comparer avec le chiffre d'affaires du boulanger voisin, ou du buraliste-PMU-presse...

S'il faut donner 3.000 heures de leçons de conduite par an (100 élèves x 30), cela signifie qu'il est nécessaire d'avoir deux moniteurs à plein temps (une année de travail, c'est environ 1650 heures de travail par an), le plus souvent l'exploitant lui-même et un salarié, et avoir une personne au moins à mi-temps (le conjoint de l'exploitant) pour accueillir la clientèle et assurer la surveillance du lecteur de DVD pendant les séances de code. Avec une rémunération de base au SMIC, deux temps pleins et demi pèsent aux alentours de 5.000 euro mensuels, soit la moitié des ressources tirées de l'activité. Restent alors à payer toutes les charges d'exploitation (bail commercial, location et entretien - succinct - de la voiture, charges locatives, etc). On voit bien alors qu'une auto-école est loin d'assurer la prospérité, d'autant plus que les auto-écoles n'ont pas de clientèle, pas de chalandise au sens propre.

Le boucher peut en effet "fidéliser" une clientèle sur une génération ou plus, le dentiste peut soigner un patient (et ses enfants) pendant toute sa carrière, le marchand de journaux peut imaginer vendre la presse chaque jour à des clients constants, et leurs fonds de commerce ont de la valeur. Mais, dans le domaine de l'auto-école, une fois le permis obtenu, le client disparaît, et il faudra espérer amener chez soi les frères et sœurs plus jeunes, ou attendre une génération pour espérer avoir une autre formation à vendre... Et comme il n'y a pas de numerus clausus, on vit avec la crainte de voir s'installer en face de votre boutique un concurrent qui vous prendra ipso facto la moitié de vos espérances. Nombreux en sont les exemples.

Certes, il y a des mauvaises langues pour parler de travail au noir, de paiements en espèces hors comptabilité, mais il s'agit de racontars, de rumeurs, de calomnies...

Inutile d'insister. On ne peut attendre, d'entreprises trop petites et sans fonds propres (et souvent, hélas, sans imagination), une élévation du niveau de compétence et de prestations.


Cette annexe 2 donne d'autres éléments chiffrés qui, s'ils sont vrais dans leur forme, sont sujets à caution dans leur interprétation.
Coût de la formation moyen, 1.200 euro. Mais on aimerait connaître ce qu'on appelle l'écart-type, la moyenne des écarts à la moyenne. Pour certains, le coût monte au double, voire plus; et à quels groupes socio-économiques appartiennent-ils? On aimerait aussi le savoir.
Gratuité de l'inscription et de de l'examen. Gratuité pour l'administration, certes, mais facturation par les auto-écoles (passage de l'examen pratique facturé une, voire deux ou trois fois le coût horaire de la leçon pratique).
1.270 inspecteurs du permis de conduire. On croit rêver, car l'administration comme les syndicats qui les représentent admettent eux-mêmes que le nombre d'inspecteurs effectivement sur le terrain est très largement inférieur (vacances, congés de formation ou autres, empêchements divers).

28.900 enseignants de la conduite. A ce sujet, il faut rappeler que, dans une profession mal rémunérée et exigeante, sans possibilité de plan de carrière et d'évolution, le turn over est très important. J'ai entendu dire que le taux de survie (si on peut dire) des salariés de cette profession est d'environ 5 ans, ce qui signifie qu'on apprend à conduire avec des gens qui sont eux-mêmes des débutants, débutants en pédagogie, en conduite, comme dans la vie, alors qu'on pourrait espérer avoir affaire à des gens expérimentés... comme le sont les parents accompagnateurs en conduite accompagnée. Sans oublier que pour devenir moniteur, une formation très "basique" suffit, la formation professionnelle étant essentiellement fondée sur l'objectif de réussite de manœuvres techniques et pratiquement jamais l'acquisition de comportements sociaux.

Bref, on constate, en interprétant ces données statistiques, que la formation à la conduite est donnée dans un cadre qui lui interdit un renouvellement et un développement pourtant indispensables. Petites entreprises, formation minimale des moniteurs, absence de moyens financiers, non intégration à la formation scolaire ou professionnelle, tout semble se conjuguer pour que les bases d'une amélioration manquent cruellement.

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