Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Une courbe, que les gens non illettrés, comme je le suis, en mathématiques vont très facilement interpréter, et qui montre le "taux de conducteurs de 18-24 ans impliqués dans un accident corporel
pour 10.000 conducteurs de cette classe d'âge en fonction du nombre d'années après l'obtention du permis de conduire". On passe de 90% après un an à 60% après deux ans, à 45% après trois ans, à
32% après cinq ans, et ainsi de suite. Quant au nombre des mêmes jeunes tués dans les accidents de la route par pays de l'Union européenne (rapporté au nombre total de tués), la France a presque
le pire rang, seulement dépassée par l'Irlande qui, on l'imagine, se passerait d'une telle place.
Pourquoi un tel bilan, désastreux socialement, insupportable individuellement? Ne faut-il pas s'interroger sur les causes, sur les pratiques des jeunes au volant (et aussi au guidon de leurs
motos et scooters), sur la formation reçue qui fait d'eux plus des machines à appliquer des consignes dans un cadre donné que des citoyens responsables des autres et d'eux-mêmes. Et en revenir à
ce qu'on apprend à l'auto-école...
Ayant exercé ce métier, ayant bien des fois assisté à l'examen pratique comme passager, je n'ai pu que constater la vacuité de l'apprentissage, la rigidité de l'examinateur, la peur panique qui
s'empare des candidats qui connaissent leurs faibles chances de réussite (une chance sur deux, et parfois en réalité une sur trois, je le rappelle) en comparaison des enjeux, de cet enjeu majeur
qu'est "avoir le permis".
J'évoque la rigidité des inspecteurs, leur soin parfois insupportable à mettre le candidat mal à l'aise. Un souvenir. Il fait chaud, très chaud, ce jour-là. Malheureusement, le chauffage de la
voiture est resté en fonctionnement, et personne ne prendra l'initiative de l'éteindre, même pas l'examinateur. Le candidat souffre d'un sur-poids substantiel, on peut le dire obèse, ce qui le
gêne évidemment dans ses mouvements. Il s'essaie à un créneau (objectivement difficile à cet endroit, mais c'est l'inspecteur qui choisit). Première manœuvre manquée. Il essaie de nouveau, en
vain. Il recommence, finit par se bloquer complètement, avance et recule sur dix ou vingt centimètres, se perd dans les mouvements de volant. Il transpire à grosses gouttes, son visage devient
cramoisi, ses mains tremblent... Cela dure plusieurs minutes, jusqu'à ce que l'inspecteur finisse par dire, dans un silence à couper au couteau: "Vous pensez que vous allez y arriver comme cela?"
Content de son effet, il finit par demander au candidat de repartir, la manœuvre devant être tentée de nouveau ailleurs.
Je pourrais donner un autre exemple de ces basses méchancetés dont son victimes les candidats, avec un seul commentaire: les victimes sont toujours des jeunes gens ou jeunes filles dont la
faiblesse (à tous les sens du terme) est visible, et jamais ceux qui semblent sûrs d'eux-mêmes et équilibrés. Je repense à cette formule, si souvent appliquée, qui n'est autre que la définition
de la lâcheté: compréhensif avec les forts, implacable avec les faibles. La définition de l'honnêteté et du courage, en somme.
Il faut revenir sur cet argument qui permet de dire qu'on fait baisser l'accidentalité des plus jeunes grâce à la conduite accompagnée. C'est à mon sens la condamnation pure et simple des
méthodes employées dans les auto-écoles, de ce "Guide pour la formation des conducteurs", de ce "Programme de formation des automobilistes" (le fameux PFA qui constitue l'alpha et
l'oméga de la formation), de la misérable "pédagogie par objectifs" qui n'a d'autre but que de donner des recettes à des gens qui n'ont aucune formation pédagogique (matière absente des
centres de formation des moniteurs) et une formation générale souvent minimale. Faire l'éloge de la conduite accompagnée, c'est reconnaître qu'en sortant de l'auto-école, on ne sait pas conduire
(comme si en sortant de l'école primaire on ne savait ni lire, ni écrire, ni compter...), et que c'est en conduisant avec ses parents (ni spécialistes en pédagogie, ni à même d'intervenir
physiquement car privés de double-commandes) qu'on apprend à se conduire sur la route. C'est aussi pour cela que le recours à l'AAC, et le taux de réussite qui en découle, est fonction,
globalement, du niveau socio-culturel de la famille...
Une solution?
Intégrer l'apprentissage de la conduite aux études (collège, lycée, centres de formation...).
Supprimer les auto-écoles.
Intégrer les moniteurs, comme "vacataires" ou sous un autre statut, à l'enseignement général ou technique.
Permettre aux moniteurs diplômés d'enseigner à titre "libéral".
Mais ça, ce serait la "rupture"...