Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Il y a bien des années, le premier conseil que je donnais à mes élèves, devenus conducteurs après leur réussite à
l'examen du permis de conduire, était de s’acheter un vélo. Certains en possédaient déjà un, et en connaissaient les avantages, d'autres considéraient, hélas, que cette acquisition aurait été
déchoir, et ce n'est qu'une minorité qui comprirent tout l'intérêt d ce mode de déplacement, qui était d'ailleurs le mien. Étrange enseignant de la conduite des automobiles que ce personnage qui
roulait à vélo, et semblait en être heureux...
Une fièvre réformatrice semble avoir saisi la classe politique, les uns voulant réformer dès qu'ils seront parvenus au pouvoir, les autres disant le vouloir au
moins autant avant qu'il ne soit trop tard. On ne peut préjuger de ce que sera demain, quant à ceux que l'urgence bouscule, on se demande pourquoi ils feraient maintenant ce qu'ils n'ont su ou pu
faire pendant près de cinq ans.
Il en est ainsi de notre ministre auprès de la ministre de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement, chargé des Transports (les
majuscules, un rien prétentieuses, ne sont pas de l'auteur de cette note), M. Thierry Mariani, une des figures de la "droite populaire" dont la charité m'interdit de dire ce que j'en pense. Ayant confié à M. Philippe Goujon, député UMP et maire du XVème arrondissement de Paris la
mission d'élaborer, avec un aréopage de personnalités particulièrement compétentes (la formule, creuse, est cependant de règle), l'élaboration d'un plan d'action en vue du "développement du
vélo comme loisir mais aussi comme moyen de transport actif et écologique", le ministre va présenter aujourd'hui les résultats de ce travail, résultats dont la presse a déjà divulgué quelques éléments.
Il est donc beaucoup question de ces fameuses indemnités kilométriques (défiscalisables ? – ce qui n'est pas très à la mode en période de vaches maigres) qui
seraient versées aux salariés qui se rendraient au travail à vélo. Il s'agirait d'aligner les cyclistes sur les automobilistes, voire sur les usagers des transports publics (ici dans certaines
conditions, et dans certaines villes seulement).
C'est ce qu'on peut appeler une fausse bonne idée. Croit-on que 20 centimes versés par kilomètre vont compenser les inconvénients que voient beaucoup de gens à
circuler à vélo en ville : pistes et bandes cyclables utilisées (souvent légalement) par les deux-roues motorisés, ou servant d'aire de stationnement, automobilistes inconscients des dangers
qu'ils font courir aux cyclistes, absence de stationnements sécurisés pour les vélos, vols nombreux (fort peu pris en considération par les forces de police), défauts d'aménagement sur les lieux
de travail (parking couverts pour les voitures, en plein vent pour les vélos), absence de vestiaires pour les cyclistes qui braveraient pluie, froid et neige...
Faisons les comptes : 10km 2 fois par jour=20km, 5 fois par semaine=100km, 48 fois par an=4800km, soit €960 par an. Est-on sûr que beaucoup d'employeurs
prendront en charge même la moitié de cette somme, et que l'État, les contribuables, couvriront le reste ? Et si les employeurs font le geste, n'iront-ils pas, en période de chômage
galopant, en tirer argument pour faire parallèlement pression sur les salaires ?
Il est question de lutter contre le vol, fléau dont sont victimes presque tous les cyclistes (on a bien dû me voler, en à peine 50 ans, près de dix vélos), sauf à
investir dans des systèmes dont les prix les rendent inaccessibles (deux antivols en "U" à €80 l'unité, cela fait cher de la sécurité presque absolue). Noble objectif donc, mais qui ne pourrait
être atteint qu'en menant une politique rigoureuse, volontaire, et générale de marquage systématique des cadres et de quelques pièces essentielles, avec la tenue d'un fichier précis et sérieux
qui permettrait de mettre un terme au marché noir de la revente. Il faudrait aussi que la police considère que se faire voler son vélo n'est pas anecdotique...
On parle également de modifier le code de la route et de permettre aux cyclistes le tourne-à-droite aux feux rouges (et aux signaux "stop"?), ce qu'ils font déjà
volontiers mais qui est sanctionné d'un amende (€90) quand on a le malheur de tomber sur un policier un peu trop zélé. Certaines villes l'ont déjà fait, d'autres "expérimentent" cet aménagement,
d'autres encore considèrent que c'est dangereux... il en de même pour le contre-sens cycliste dans les voies à sens unique pour les véhicules motorisés, la plupart des décideurs, rarement
cyclistes eux-mêmes, ignorant tout des contraintes et des besoins des cyclistes.
On évoque aussi la pérennisation du poste du coordinateur interministériel pour le développement de l'usage du vélo, créé en 2006 et confié depuis décembre à M.
Dominique Lebrun (ce n'est pas lui faire injure que de dire que
sa notoriété n'a pas beaucoup dépassé les limites de son bureau), initiative qui a au moins le mérite de sauvegarder un emploi dans un pays où chaque jour voit apparaitre 1.000 nouveaux chômeurs.
Le CV de ce monsieur laisse penser que, quoi qu'il arrive, s'il ne fait pas de bien à la cause des cyclistes, il ne lui fera pas non plus de mal.
Alors, que faire ?
Faire simple, et bon marché.
Interdire (et faire respecter l'interdiction) les bandes et pistes cyclables, et autres sas cyclables aux croisements à feux tricolores, à TOUS les véhicules
motorisés pour les réserver aux seuls cyclistes (vélos, tricycles, triporteurs, VAE, etc).
Généraliser (et l'inscrire comme principe dans le code de la route) le contre-sens cycliste dans les voies à sens unique pour les véhicules motorisés, une
signalisation particulière et coûteuses devenant alors inutile.
Généraliser le tourne-à-droite aux feux rouges comme aux "stop", non pas pour donner plus de droits aux cyclistes mais parce que ne disposant que de leur seule
force musculaire, ils en font un usage bien plus judicieux que d'autres de leur carburant... et, se sachant vulnérables, il est rare qu'ils commettent des imprudences caractérisées.
Généraliser la pose de rétroviseurs gauche et droite sur les vélos : cet équipement considéré comme indispensable pour tous les autres véhicules doit ici aussi
s'imposer, les cyclistes n'ayant pas d'yeux derrière la tête et le danger venant toujours de l'arrière, là où on ne peut pas voir (un des principes essentiels enseignés dans les écoles de
conduite).
Généraliser la pose de feux avant et arrière clignotants, et permanents (les systèmes à induction sont parfaits, chers à l’achat, gratuits à l’usage), qui seuls
signalent efficacement les cyclistes dès la tombée du jour (et encourager – ce qui ne signifie rien, sauf un manque de courage pour l'imposer – le port de gilets réfléchissants), un feu fixe
chargé d'éclairer la route s'imposant dans les cas de voies non éclairées. De toutes façons, il faut mettre un terme à cette sottise réglementaire qui impose qu'un vélo soit équipé d'un dynamo
qui, au premier arrêt, cesse de fournir de l'électricité, les feux avant et arrière se trouvant immédiatement éteints. Ceux qui parlent de sécurité ne semblent pas avoir eu vent de cette réalité
pourtant simple.
Généraliser les arceaux permettant d'arrêter, et d'accrocher, son vélo sans craindre de le voir disparaître en beaucoup moins de temps qu'il n'en faut pour remplir
une déclaration de vol.
Et donner des cours de conduite (en particulier dans les écoles) qui ne soient pas des "adaptations" maladroites des règles apprises (et parfois appliquées) par les
automobilistes, mais un véritable apprentissage de l'usage du vélo (qui n'est pas inné, il faut le savoir).
Et, bien entendu, consacrer du temps et des moyens à une campagne de six mois, ou même un an, à l'issue de laquelle ceux que la persuasion n'a pas touchés seront
sanctionnés.
On aura alors au moins fait quelque chose, mais parfois il est plus important de dire qu'on va faire que de montrer qu'on a fait.
Et bon courage à toutes et tous.