Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
J'aime bien aller trainer mes guêtres du côté du palais de justice. C'est là que les tribunaux correctionnels (ou plutôt les chambres correctionnelles des tribunaux de grande instance) exercent le difficile et périlleux devoir de rendre la justice. Très précisément, c'est là que les victimes doivent recevoir une juste compensation des préjudices subis, que la société (via le Parquet) veille à ce que la loi soit respectée, que les délinquants sont punis comme il convient pour avoir fauté...
La réalité est tout de même beaucoup moins élégante que la rédaction du code de procédure pénale. Deux policiers viennent réclamer (ils obtiendront dans les 200 ou 300 euro) réparation pour le préjudice qu'ils ont subi (“ outrages ” -fils de p..., va te faire enc...- et “ menaces de mort ” -si je te retrouve je te...), un procureur évoque ces “ épouses de policiers qui, la peur au ventre, voient leur mari aller prendre leur service ” et pensent aux “ individus dangereux ” qu'ils vont rencontrer. Quant au personnage à l'origine de tout cela, c'est un de ces milliers de déracinés, de divorcés, de chômeurs en fin de droits, de bousculés de stages en formations, de dérivants de virées en virées, ce soir là, comme déjà d'autres fois, sérieusement aviné après avoir fêté un anniversaire...
Amende. Prison avec suris et mise à l'épreuve. Obligation de soins (pour la bouteille). Obligation de poursuivre une formation. Mais qui encadrera et appliquera tout cela?
Autre salle d'audience. Beaucoup moins de monde, ambiance plus feutrée. On y appelle quatre personnes, une seule est présente, s'avance vers le juge. Stupeur. Cette personne va prêter serment, en tant qu'employée d'une société (privée) d'autoroute, et se voir ainsi autorisée à constater (en vue de leur répression) certaines infractions au code de la route, en particulier le R-412 (ou suivants) sur la ceinture de sécurité, tellement facile depuis une cabine de péage.
En un mot, c'est une nouvelle “ externalisation ”, une sous-traitance des prérogatives de l'État, en l'occurrence de la Police nationale ou de la Gendarmerie, un nouvel abandon qui ne peut qu'attrister ceux qui ont une certaine idée de la République, comme un certain autre avait une certaine idée de la France.
Parallèlement, cela étend et brouille de manière substantielle le domaine de la “ peur du gendarme ”, la transformant en “ peur de tout le monde ” puisque votre voisin, votre voisine peut très bien vous dénoncer ou vous piquer trois points sur votre permis, avec une amende en prime.
Encore un bon sujet de conversation pour les repas de famille.