Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
C'est terminé. J'ai réussi à tout lire, à commenter, à taper les textes, à organiser tout cela pour que cela
paraisse avec un minimum de régularité.
Comment conclure ? En redisant un certain nombre de choses qui sont ma conviction, et qui sont parfois partagées par d'autres qui le disent autrement ou, hélas, ne le disent pas.
Les enseignants de la conduite ont raté le train de l'histoire dans les années 80. Eux, et les exploitants d'auto-écoles. Mais on ne se refait pas, et on ne pouvait pas demander à une profession
majoritairement opposée au pouvoir sorti des urnes un certain 10 mai 1981 (pour cause de petit commerce - et souvent de petites idées) de comprendre qu'il était grand temps d'enseigner la
conduite pour répondre à un besoin "sociétal" et non pour vendre un "produit" avec le maximum de marge possible.
Les salariés n'ont pas été plus intelligents, d'ailleurs, puisqu'ils ont été incapables d'imposer leur intégration au système éducatif global dont rêvait (avec d'autres) un certain Alain Savary - dont on peut se souvenir comme d'un homme d'honneur.
Réformer aujourd'hui le permis de conduire? C'est se tromper d'objectif, puisqu'il faut avant tout réformer les modes et les structure d'apprentissage de la conduite, et réformer les instruments
de mesure des compétences acquises.
Réformer les modes d'apprentissage. Mettre à la poubelle cette prétendue "pédagogie par objectifs" dont il faut citer la source. Elle vise à fabriquer des opérateurs capables de réaliser un
certain nombre de tâches, mais jamais à construire des personnes capables d'avoir et la maîtrise de leurs actes, et la capacité à porter sur eux un jugement autonome. Alors, nous parler
aujourd'hui de responsabilité n'a aucun sens tant qu'on reste dans ce que j'ai toujours appelé un dressage et non un enseignement ou un apprentissage. Et si on ne peut jeter aux orties cette
"PPO", au moins cesser d'en faire l'alpha et l'oméga de l'enseignement en laissant à chaque enseignant la liberté d'utiliser, ou pas, le "livret d'apprentissage" et la "fiche de
suivi" qui sont censés refléter le travail effectué (et que les inspecteurs vont voir pour juger du sérieux de l'enseignement - quand ils viennent). Le débat, dans ce domaine, est ouvert,
ré-ouvert après trente ans d'échec plus ou moins avéré.
Et réformer sinon les moniteurs enseignants du moins leur "formation" de base, si on peut lui donner en conscience ce qualificatif. Recruter
des gens d'abord plus désireux d'enseigner que de rouler en voiture, s'assurer de leur culture générale (à l'occasion s'assurer qu'il maîtrisent la langue qu'ils emploient), s'assurer d'un
minimum de culture technique (en sachant, mieux que certain ministre, faire une règle de trois), leur donner des compétences en pédagogie ou en psychologie, par exemple. Le chantier est vaste, et
il sera nécessaire de faire tomber bien des places-fortes de gens qui, au nom de leur compétence (?) ou de leur expertise (?) ont souvent servi leurs seuls intérêts...
Réformer les structures d'apprentissage. Tant qu'on mélangera deux ingrédients qui, au mieux, peuvent produire une émulsion instable (pardon pour le pléonasme), à savoir enseignement et commerce,
on n'arrivera à rien. Et ce n'est pas à coup d'aides ou de subventions qu'on résoudra le problème, puisqu'on ne touche pas au fond de l'affaire. Demain comme hier, ce sont les auto-écoles qui
vendront à leurs élèves les places d'examen qu'elles reçoivent de l'Administration. Ces auto-écoles continueront donc à favoriser leurs meilleurs clients, ceux qui réussissent et qui, par le jeu
d'un calcul aussi byzantin qu'opaque, leur permettent de multiplier les droits à l'examen, donc les réussites, donc le chiffre d'affaires.
Tout le monde le sait, on peut ouvrir une auto-école avec moins de trois sous, et une auto-école n'a pas de valeur marchande (surtout du fait de l'absence de numerus clausus). Il est
donc possible de fermer les auto-écoles contre une garantie, celle offerte aux enseignants, qu'ils soient ou pas exploitants, qu'ils pourront continuer à exercer leur métier dans un autre cadre à
peu près aussi avantageux. Ainsi, on peut transférer aux lieux d'enseignement et d'éducation la "charge" d'enseigner la conduite : la partie théorique sera intégrée dans les emplois du temps des
élèves (notons que c'est déjà fait pour l'ASSR et que cela ne pose de problème à personne), la partie pratique sera assurée par des "moniteurs
enseignants de la conduite" disposant éventuellement de leur propre véhicule (le cadre juridique reste à préciser - à l'époque où ce texte a été rédigé, janvier 2009, on ne parlait pas
d'auto-entrepreneur) qui interviendront au fur et à mesure des besoins dans tel lycée, dans tel centre de formation d'apprentis. Parallèlement, la conduite accompagnée sera la règle, cette
pratique pouvant être assumée par tout adulte, sur tout véhicule, avec n'importe quel élève. Et on pourrait aller jusqu'au droit de conduire seul (sous certaines conditions de contrôle
pédagogique) avant même l'obtention du "diplôme" - et non plus du permis.
Réformer l'instrument de mesure des compétences acquises.
A l'évidence, il faut en finir avec la forme actuelle de l'ETG (épreuve théorique générale), QCM dont on ne se sort qu'après un apprentissage intensif tant du contenu que de la forme, dont le
mode d'expression déroute ou étonne souvent, dont l'objectif est essentiellement de répondre aux fantasmes tayloristes de la pédagogie par objectifs, mais également à l'incompétence (qui sait
"faire un cours" en auto-école?) pédagogique des enseignants contraints d'y avoir recours. N'oublions pas qu'on peut réussir l'ETG après avoir grillé un feu rouge, puis un stop, puis refusé une
priorité, puis refusé le passage à un piéton, doublé en franchissant une ligne continue, soit CINQ fautes.
Il faut aussi en finir avec l'examen pratique tel qu'il se présente aujourd'hui: difficile d'en connaître la date moins de quinze jours à l'avance, encore plus difficile d'en connaître le
contenu, puisqu'il dépend en réalité de l'examinateur, lui-même secrètement convoqué ici ou là. Il faut aussi, quitte à fâcher, en finir avec les inspecteurs du permis de conduire dont
l'efficacité pédagogique et docimologique demeure peu convaincante, puisqu'ils donnent l'autorisation de conduire à des personnes incapables d'assumer cette responsabilité (cf. accidentalité des
néo-conducteurs). Cet examen doit être remplacé par une série de contrôles continus, effectués par des enseignants (comme dans tous les autres domaines), selon des périodicités connues à
l'avance, sur des programmes précis, et des conditions (météorologiques...) variées. Ainsi, à la suite de deux ou trois, voire quatre épreuves (plus une synthèse, pourquoi pas?), on obtiendra un
diplôme de conducteur.
On le voit, il reste du travail.
Et maintenant, à vos commentaires !
Régis Hulot