Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Je vais de temps à autre trainer mes guêtres sur ce forum qui est assez intéressant, même si le blog me paraît assez conforme à ce qu'attendent ceux qui aimeraient que rien ne change...
Un discussion s'est (peut-être) engagée entre le maitre des lieux et Régis Hulot, qui vient de faire paraître deux posts que vous verrez ici. Dans l'attente de leur publication, voici les commentaires que j'ai envoyés il y a peu de temps pour participer au débat.
Bonjour "lone",
Je viens de lire vos deux posts suite aux commentaires de Régis Hulot, et je m'empresse de mettre les choses au point, ce qui me paraît indispensable.
Rapidement, sur le prix du permis de conduire.
Attention aux raisonnements du type ce qui est rare est cher, un cheval bon marché est rare, donc un cheval bon marché est cher, ce qui donne, selon une autre formulation, la vie n'a pas de prix, donc la vie ne vaut rien.
J'ai bien envie d'appliquer votre raisonnement au moteur à explosion, ce merveilleux moteur qui fait bouger ces voitures que, semble-t-il, nous aimons tant, et qui nous le rendent si mal. Selon les lois de la thermodynamique (les scientifiques iront voir ici), un moteur à explosion restitue environ un tiers de l'énergie primaire reçue (le carburant) en mouvement, et deux tiers en chaleur. En un mot, pour chaque litre de carburant utilisé, seul un tiers sert à faire avancer la voiture, les deux autres tiers étant dispersés dans l'atmosphère sous forme de chaleur (sauf la petite partie du chauffage en hiver). C'est vrai pour les voitures, c'est également vrai pour les locomotives à vapeur, cela l'est encore pour les centrales produisant de l'électricité, que ce soit à partir de gaz, de pétrole, de charbon, ou d'uranium.
C'est donc pour cette raison que je conseillais souvent à mes élèves de ne pas acheter une voiture pour se déplacer, mais pour l'installer au milieu de leur salon pour se chauffer ou à la cave pour la brancher directement sur le chauffage central. Le paradoxe est que, dans le moteur thermique, c'est la plus petite partie de la production qui est utilisée, et la plus grande qui est éliminée...
C'est d'ailleurs pour cette raison que la solution "hybride" qui apparaît comme la panacée dans le domaine des économies de carburant est une impasse technologique, puisqu'elle ne résout en rien le problème posé il y a longtemps par les théoriciens de la thermodynamique. La solution, si elle devait être dans le recours à un appoint électrique, serait bien plus certainement dans le moteur Stirling, seul procédé susceptible de réutiliser la chaleur, aujourd'hui gaspillée, pour produire de l'électricité.
Revenons au prix du permis, qui est trop cher.
Il ne faut pas comparer ce qui se paie comptant, et ce qui se paie sur cinq, dix, vingt ans. Pas plus que ce qui est accessible avec un budget de 800 euros mensuels, parfois un peu plus, si souvent moins, dont disposent beaucoup de jeunes gens, avec ce qui est possible avec un budget de plusieurs milliers d'euros mensuels.
Le permis de conduire, indispensable à la quasi totalité des gens aujourd'hui, qu'ils aient ou pas les moyens de s'offrir une voiture, est coûteux, c'est incontestable.
Savoir lire et écrire est également indispensable. Mais on apprend gratuitement à lire et écrire.
Pourquoi ne pas s'interroger sur le cadre dans lequel on apprend à conduire.
Revenons sur les "bonnes" et le "mauvaises" auto-écoles.
Comment les distinguer, avant et non après l'inscription. En posant des questions ? Mais qui garantira la véracité des réponses ? En demandant à d'autres élèves ou anciens élèves ? Mais que vaut ce genre de témoignage ?
Que vaut le critère du taux de réussite ? Peut-on comparer celui des quartiers défavorisés (pour ne pas dire abandonnés à leur sort) de la banlieue de Roubaix, avec celui des centre-ville chics de Bordeaux ou de Nancy, celui des campagnes isolées de Haute-Marne avec celui de villes comme Montpellier ou Lyon...
Et ce taux de réussite n'a pas de valeur intrinsèque. Réussite après combien d'heures de formation, sur quelle durée globale, après des évaluations qui sont proches ou éloignées de la réalité constatée ensuite... Personne ne tient à jour ce genre de statistiques, et tout le monde sait pourquoi, puisque personne ne veut de données objectives qui seraient peut-être cruelles pour les "Tout va très bien, Madame la Marquise..."
Je connais une (et même plusieurs) excellente auto-école : la patronne règne sur les cours de code qu'elle dispense tous les après-midis pendant que le personnel fait tourner deux ou trois voitures, et elle a d'excellents taux de réussite à l'ETG. Je connais une (et même plusieurs) mauvaise auto-école, où c'est la secrétaire qui assure la permanence du DVD, avec des taux de réussite qu'un voile discret interdit de connaître.
Je sais que certains enseignants sont bien plus que des exploitants, mais je sais qu'il existe le contraire, et je ne mélange pas tout, ne voulant pas jeter le bébé avec l'eau du bain.
Mais je me refuse à "défendre la profession", à accepter qu'il existe des brebis galeuses habilement dissimulées les jours de "revue de détail" au prétexte qu'il ne faut pas jeter l'opprobre sur les gens qui font (ou tentent de faire) correctement leur travail. C'est pour cela que je souhaite que disparaisse, et au plus tôt, le monopole de fait des auto-écoles qui, avec la complicité des inspecteurs (dont le rôle ne devrait pas être de garantir le chiffre d'affaires de ceux qui les approvisionnent en candidats), interdit d'apprendre à conduire en dehors de ce circuit de formation.
Il est tout de même difficilement explicable qu'un examen public, organisé par l'État, totalement gratuit (depuis la disparition du timbre fiscal), ne puisse être préparé que dans des établissements privés à but lucratif. Il en est de même pour le BAFM, sans parler de la formation professionnelle de ce qu'on appelle le "groupe lourd".
C'est pourquoi je ne me lasserai jamais de dire et de répéter que ceux qui veulent continuer à vivre aujourd'hui comme hier, se contenter de salaires indécents au regard des responsabilités qu'on leur demande de prendre, renoncer à toute perspective qualitative ou quantitative d'avenir, accepter le travail clandestin (on dit "au black" en bon français), faire de la perruque (travail pour son propre compte avec le matériel de l'entreprise) pour arrondir leurs fins de mois, sont bien libres de le faire. Tout comme ils sont libres de (vouloir) se libérer de ce système en y entrant comme "exploitant", c'est à dire en renforçant le camp de ceux qui veulent que rien ne change.
Mais que tout autant sont libres ceux qui veulent vivre simplement et honnêtement de leur compétence reconnue (le BEPACASER) et de leur travail, en dispensant des leçons payantes (à des prix raisonnables) à des élèves qui les choisissent et changent librement d'enseignant (ce qui est impossible aujourd'hui), au sein de structures dont ils déterminent les contours et les fonctions, en ayant à répondre de leur travail devant leurs seuls élèves. Et cela dans la perspective de la formation de citoyens conduisant des automobiles, et non de "chiens savants" récitant servilement des leçons apprises par cœur (un exemple de vérité absolue parmi des centaines d'autres : "un rond-point se passe en seconde" Va savoir pourquoi...).
Je l'ai déjà écrit. D'autres que moi le souhaitent aussi. Une association existe, elle travaille, elle agit, et elle obtiendra des résultats, à la mesure des forces qui la rejoindront.
Et bon courage à tous.