Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
On parle de celui-ci, on aurait pu parler de tous ceux-là, ces multiples cas où l'accident est dû à une "perte de contrôle" d'un véhicule.
Aujourd'hui, on en parle parce qu'il s'agit d'un conducteur particulier, un gendarme, conduisant un véhicule dit banalisé, c'est à dire un véhicule ordinaire qui pouvait être le sien propre tout comme n'importe quel véhicule professionnel. On en parle parce que ce sont des enfants qui en sont les victimes innocentes, des victimes un peu plus innocentes encore du fait de leur âge. On en parle parce que depuis quelques jours, sous la pression non des organisations de victimes de l'insécurité routière ou des organismes de formation, mais sous celle de forces qui ont l'indécence de qualifier de "liberticides" certaines décisions prises au sujet des radars routiers, une polémique est née au bénéfice des partisans (à peine masqués) d'une déréglementation de la vitesse.
Mais revenons sur cet accident.
Le conducteur de ce fourgon, qui a tué un enfant et en a très gravement blessé plusieurs autres, aurait dit qu'au sortir d'un "rond-point", plus exactement d'un carrefour à sens giratoire – employons les termes adéquats, sa roue arrière droite aurait attaqué un trottoir et son véhicule n'aurait plus été contrôlable, d'où la "perte de contrôle". A cela, pas d'explication rationnelle pour l'instant, dans la mesure où est mise en exergue une vitesse considérée comme non excessive (30 à 40 km/h), ce qui serait confirmé par un collègue (un autre gendarme) qui suivait le véhicule en cause.
Il est bien dommage que de tels propos puissent être tenus, avec une telle marge d'erreur, puisque entre 30 km/h et 40 km/h l'écart est soit de 33%, soit de 25% suivant la base prise pour cette évaluation.
Par ailleurs, le témoignage auquel il est fait allusion, celui d'un collègue, semble bien fragile, alors même qu'on sait la force de l'esprit de corps qui règne au sein des forces armées en général, de la gendarmerie ici.
Enfin, et il n'est pas question de tirer des conclusions avant que soit close l'enquête, il n'est pas un enseignant de la conduite qui ne sache à quel point est fragile et difficile à trouver et garder l'équilibre entre allure et trajectoire, et que le premier défaut de tout conducteur est de mal apprécier les contraintes de la trajectoire ou celles de l'allure. Pour être plus précis, on ne peut trouver au fait que la roue arrière droite aurait mordu sur le trottoir qu'une seule explication. Arrivant à une allure trop élevée, ou devant opérer une manœuvre mal préparée (défaut de contrôle, ou faiblesse des informations recueillies), le conducteur a brutalement (et mal) rectifié sa trajectoire, avec les conséquences qu'on sait.
C'est pourquoi on peut s'interroger sur l'affirmation d'une vitesse du véhicule "non excessive".
Chacun (je parle des enseignants de la conduite) sait que la solution à bien des difficultés, et en particulier à celle de recueillir des informations suffisantes ou à garder le contrôle de son véhicule, c'est l’allongement du temps d'exécution, c'est à dire la réduction de l'allure. Or, malgré les dires jusqu'ici relayés par les organes d'information, on est bien contraint de considérer que l'allure du véhicule devait certainement être excessive, et donc qu'il s'agit bien d'une faute de conduite liée à la surestimation des ses capacités par le conducteur.
Ne reste plus à l'autorité judiciaire de dire l'étendue des responsabilités, et de déterminer les peines. Puisse-t-elle offrir aux victimes la réparation qui leur donnera la chance d'une consolation.
Bon courage à toutes et tous.