Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Troisième heure accompagnée.
Il y a des jours "avec", et donc des jours "sans". Cette troisième heure sera un jour "sans".
Nous voici partis à trois (dans la voiture, une autre élève, dont je reparlerai une autre fois) pour notre entrainement aux entrées et sorties de voie rapide, sur le périphérique et l'autoroute, afin de pouvoir atteindre des allures assez rapides et trouver des densités de circulation suffisantes pour poser des problèmes.
En une demi-heure, nous avons déjà pas mal répété la manœuvre, avec plus ou moins de succès. Il faut dire que maitriser sa position sur la chaussée et son allure, évaluer les vitesses (et les intentions) des autres véhicules, décider parfois dans des conditions difficiles, et tout cela sans autre aide que les conseils du passager assis à côté de vous, ce n'est pas de tout repos. C'est là qu'on touche du doigt la faiblesse de la formation en auto-école, faiblesse qui n'est pas, on l'espère, délibérée (il ne s'agit pas de ne pas enseigner – je suis bienveillant, aujourd'hui) mais qui vient du fait qu'un mur est toujours présent en face des élèves, un mur qui se rapproche inexorablement, le mur qui matérialise la dépense maximale acceptable. Alors, dans le seul but de ne pas avoir à se fracasser contre ce mur, on fait semblant d'avoir tout fait (abordé, travaillé, et acquis!) en sachant que quand on parle d'acquis, c'est souvent pur optimisme (et dans le cas de l'AAC, les parents prendront le relais).
Nous allons voir, et, derrière nous la passagère qui nous accompagne s'en souviendra longtemps, de quelle façon on "lâche" sur la route des jeunes gens à qui on a oublié d'enseigner quelques choses essentielles.
Autoroute. Entre 100 et 110 km/h (env. 30 m/s). Sortie d'autoroute. Virage relativement serré. Bretelle assez courte débouchant sur un giratoire. En quelques fractions de secondes, nous découvrons que la trajectoire n'est pas "sûre" (mauvaise position des mains au volant), que la vitesse est trop élevée (appréciation optimiste de la courbure du virage, force centrifuge sensible), que le giratoire est encombré et que des voitures sont arrêtées devant nous. Freinage, encouragé de la voix par l'accompagnateur. Rétablissement de la situation.
Bilan.
La conscience du danger n'est pas présente. On est dans le "je ne vois pas de danger parce qu'il n'y en pas", et non dans le "je ne vois pas de danger parce qu'il est caché".
La perception de la vitesse est insuffisante, parce que insuffisamment vérifiée et constatée au tableau de bord (ou en laissant le regard se poser ailleurs que sur le ruban de la chaussée).
La trajectoire n'est pas maitrisée du fait d'une mauvaise position des mains, d'un apprentissage très insuffisant dans ce domaine, donc d'une impossibilité d'agir vite et bien. Cette trajectoire incertaine se retrouve d'ailleurs dans de nombreuses circonstances (passage des giratoires, en particulier) où on est souvent dans une non ou faible intervention au volant, donc une approximation globale où la chance – et l'accompagnateur – peut pallier les défaillances).
Les idées reçues et injustifiables peuvent s'opposer à la sécurité. Notre néo-conducteur me dit en effet qu'on ne freine pas dans un virage... ce qui est vrai quand la maitrise de la trajectoire est faible, mais faux quand il s'agit d'éviter un choc. Rendons-lui justice, cependant, quand il a vu qu'il fallait ralentir, il ne s'est pas jeté sur le levier de vitesses...
Nous voici à l'entrée, fort chargée, d'un giratoire. Entrée en côte.
Une bonne occasion de revoir le démarrage en côte, dis-je. Mais la réponse de l'apprenti-conducteur est des plus étonnantes: je ne sais pas faire, je n'ai jamais appris, on m'a seulement montré une fois à ma première leçon d'évaluation.
Pas appris. Pas appris ce qui semble être une manœuvre sinon courante du moins pas si rare. Alors, comment fait notre élève? Il utilise cette bonne vieille tricherie* tellement pratiquée en auto-école, dont est complice le couple à bas régime du moteur Diesel. Pied sur le frein, on remonte le pied gauche au point de patinage, on peut alors relâcher le frein et poser le pied sur l'accélérateur, et démarrer tranquillement. Le plus souvent. Et avec un moteur Diesel, quand la pente n'est pas trop forte, si on n'est pas trop chargé... A revoir d'urgence ce qui est un entrainement à la maitrise du pied gauche. Indispensable maitrise du pied gauche, puisqu'on a définitivement dévalorisé les voitures avec boite automatique, bonnes pour les handicapés, m'a-t-on dit.
Vous le voyez, cette troisième heure n'a pas été très paisible, ni pour le conducteur, ni pour l'accompagnateur. Mais il n'est pas question ici de chercher un fautif, ou un responsable, il est question de constater des erreurs, et de les corriger.
Certes, cette fois encore comme d'autres, je maudirai ces gagne-petits de l'enseignement qui peuplent les auto-écoles (si bien secondés par la confrérie des inspecteurs du permis de conduire), ces donneurs de leçons de la pédagogie qui sont tout juste bons à appuyer sur le bouton on/off du lecteur de DVD, ces demeurés de la mécanique qui croient encore qu'on ralentit les voitures de 2010 comme les 6x6GMC débarqués en 1944 sur les plages de Normandie.
Mais le but est d'essayer de corriger, d'améliorer, d'enseigner enfin les bons gestes, en les justifiant toujours, qui font qu'un conducteur est sûr, pour les autres comme pour lui.
Nous avons donc du pain sur la planche.
Et vogue la galère. Car il s'agit souvent de galère.
(La suite très bientôt)
*De même, pour l'épreuve de slalom lent au permis moto, il est d'usage de monter artificiellement le régime du ralenti, évitant ainsi aux candidats d'avoir à travailler l'embrayage à la main gauche pour réaliser l'épreuve. L'essentiel est d'obtenir le permis, et on sait que seule la victoire est belle!