Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
Je me suis remis au "Code de la route", le si mal nommé puisqu'il nous dit parler de la route, et qu'il ne devrait ne nous parler que des usagers de la route, puisqu'on n'a jamais vu la moindre route répondre à la moindre injonction légale...
Comme vous le savez tous, à moins d'aller verser sa substantielle obole à une auto-école, impossible d'apprendre de quelle façon il faut se comporter sur une route ou dans une rue, impossible d'apprendre cette langue de signes, de panneaux, de gestes qui sont le moyen de dire, d'interdire, d'enjoindre, de conseiller à des millions d'usagers volontaires ou moins volontaires ce qu'ils doivent faire, ou ne pas faire.
Ainsi donc, qu'on soit riche ou pauvre, intelligent ou stupide, le droit de circuler au volant d'une voiture passe par l'auto-école.
Et ce serait heureux. Heureux si les auto-écoles vous enseignaient et le code (la théorie), et la conduite (la pratique), et ne vous dressaient pas au passage de cette assez sotte ETG (épreuve théorique générale) d'un côté, au passage d'une épreuve pratique qui est au mieux une loterie, au pire un attrape-nigauds.
Devant une telle situation, il faut bien essayer de sauver les meubles. Et c'est ce que je m'évertue à faire depuis quelques semaines avec une personne qui a fait appel à moi, par le truchement d'une association qu'on qualifie de caritative – une bonne œuvre, en quelque sorte.
La quarantaine passée, femme, musulmane, d'origine marocaine mais de nationalité française presque depuis son arrivée en France il y a une trentaine d'années, mère de famille, elle rêve depuis bien longtemps d'avoir le permis de conduire pour trouver, par ce biais, un peu de cette autonomie qui lui manque aujourd'hui. La voilà donc inscrite dans une auto-école (€275,00 payables cash) où elle s'est rendue en compagnie de son mari (après quelles prières, après quels efforts!). On y a bien compris son premier handicap: elle ne lit ni n'écrit le français. Qu'importe, lui explique-t-on, puisque tout est expliqué oralement, et qu'il suffit de faire des croix dans des cases. Il est vrai qu'une inscription, c'est une inscription, et que la location d'une chaise, deux ou trois heures par semaine, à ce prix là, cela ne se néglige pas.
Les premiers résultats sont à la hauteur de ce qu'il fallait attendre. Entre 15 et 25 fautes par série, à raison d'une série deux ou trois soirs par semaine (la séance dure une heure), sans que le ou la responsable présent(e) intervienne jamais (auto-formation, auto-correction), sauf à la demande des chanceux qui se voient confier la télécommande qui leur permet de d'entrainer "comme à l'examen", ces chanceux qui "ont une date". On le voit, les auto-écoles demeurent ce qu'elles sont, et nihil novi sub sole... (c'est du latin, c'est pour faire chic, ça veut dire "rien de nouveau sous le soleil").
Alors, je travaille le code avec elle, à l'aide de ces instruments d'un autre âge que sont le tableau noir (ou le bloc de feuilles sur un lutrin), les craies de couleur (ou les feutres pour le papier), et un tout petit peu le "code Rousseau".
Et ce n'est pas triste. On en reparle plus tard, au sujet d'une autre élève...
Faites de beaux rêves.