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  • : Le blog des moniteurs et des élèves
  • : Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 14:09

Siège permanent du bureau de la secrétaire par les élèves, après quelques dizaines de séries de diapositives (“ je ne fais jamais plus de cinq fautes depuis deux semaines – avant hier, sept fautes, c'était un accident... ”) ou une bonne vingtaine d'heures de conduite (“ je me débrouille bien... je ne fais pas trop d'erreurs... le jour de l'examen je vais faire encore plus attention...  j'en ai besoin pour un travail...”).

 

Angoisse mensuelle des exploitants qui ne savent pas toujours sur combien de place ils peuvent compter pour le mois qui vient, et qui ont bien du mal à se satisfaire des disponibilités accordées par une “ préfecture ” vers laquelle se tournent tous les espoirs et toutes les colères...

 

La place d'examen, c'est d'abord le lieu de rencontre de tous les fantasmes.

 

Apprendre à conduire, cela coûte cher. Mais cela coûte toujours trop cher quand on vit dans un monde où apprendre est toujours gratuit, depuis l'école maternelle jusqu'à la faculté. Et il n'y a que dans les Grandes Écoles qu'on accepte de payer, pour apprendre, certes, mais surtout pour la garantie d'un emploi futur – souvent bien considéré et généreusement rémunéré.

Et cela paraît d'autant plus cher qu'il s'agit d'apprendre ce que tout le monde sait, puisque tout le monde sait conduire – mal, le plus souvent, il suffit de traverser la rue pour le constater. Qui acceptera de payer pour apprendre la grammaire française, la langue française que tout le monde parle autour de nous – mal le plus souvent, il suffit d'allumer un poste de radio pour le constater.

 

Apprendre à conduire, c'est difficile, parce qu'apprendre c'est difficile.

Alors, le code, appris dans les lamentables conditions qu'on sait, ne peut pas séduire les jeunes gens ou les jeunes filles... Et il n'y a que les “ bons élèves ” qui vont s'en sortir sans difficulté, et ce seront 10 à 30% de ces élèves, selon les milieux socio-professionnels, qui se lasseront, qui abandonneront, qui pratiqueront le “ code buissonnier ”, mais qui réclameront quand même le droit de “ tenter leur chance ”, suivant en cela le vocabulaire et la mentalité des auto-écoles (il vaut mieux parler de chance que de préparation, on sait pourquoi). Sans oublier que le forfait-code-présentation est souvent acheté pour six mois, et qu'au bout de ces six mois, il faut repayer...

 

Pour ce qui est de la conduite, tout le monde va plus ou moins accepter de faire ses vingt heures. Mais l'impatience croit (exponentiellement?) avec les heures supplémentaires, quoi qu'on ait pu dire au cours de cette évaluation dite “ de départ ” (“ initiale ”, c'est trop compliqué ? Et “ départ ”, cela signifie “ séparation ” en bon français...) qui est vite oubliée par les élèves, et qui est si rarement sérieuse et fiable (que ce soit dans la voiture ou devant un écran – méthode tout de même plus “ moderne ” et surtout plus économique).

Et comme il est bien difficile de s'auto-évaluer, ce que les élèves savent encore moins bien faire que les conducteurs chevronnés, et que la référence de ces élèves est la conduite de leurs parents ou ce qu'ils voient tous les jours dans la rue, il n'est pas étonnant que ces gamins considèrent qu'ils conduisent assez bien pour aller rapidement “ tenter leur chance ”. Et là, le terme chance est le bon, pour une fois.

Tant que le résultat global des examens restera calé à 50% de réussite à la première présentation (résultat national) ou 30% dans telle ville, ou 65% dans tel arrondissement, tant que les inspecteurs s'en tiendront à des statistiques qui assureront leur tranquillité (quels que soient leurs arguments plus ou moins fallacieux), on ne pourra pas faire sortir de la tête des candidats qu'on a son permis avec un peu de compétence mais aussi beaucoup de chance. Il suffit d'aller consulter les forum sur l'internet pour s'en convaincre.

 

 

Voilà donc comment est vécue la distribution des places d'examen, denrée rare et précieuse dévolue aux auto-écoles qui en ont le monopole du seul fait qu'elles sont capables de les revendre, enfin, de les redistribuer, après ce qu'elles appellent une formation.

Il faudrait imaginer non Sisyphe heureux mais des places d'examen attribuées à chaque candidat (avec ce coefficient multiplicateur qui tient compte du fait que l'être humain est faillible), avec des délais précis et contraignants, et des sessions de rattrapage fondées sur des critères pédagogiques clairs. Mais les auto-écoles perdraient alors leur monopole de fait, et ne seraient plus choisies que sur le critère de la qualité de l'enseignement dispensé. Un drame pour bon nombre d'entre elles...

 

Bon courage à tous.

 

PS. Pour votre information, ce lien vers la circulaire 2006-3 du 13 janvier 2006 qui dit les choses clairement, du moins pour ceux qui parlent celle langue-là.

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