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  • : Le blog des moniteurs et des élèves
  • : Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 21:18

J'ai reçu il y a peu un long commentaire d'un lecteur fort sagace, ce qui est un honneur et un plaisir pour celui qui s'est donné pour tâche de faire vivre ce blog, tout en alimentant un blog ami (pumpernickel.fr) et le blog de Régis Hulot.

Je reprends donc sans scrupule ce long et utile commentaire, en y insérant quelques remarques que je crois utiles. Mais, avant tout, autant dire que je crois que nous sommes, mon cemmentateur et moi, d'accord sur le fond.

 

Bonjour,

Alain, grand philosophe a écrit "La théorie c'est trés pratique"!

Face au cruel dilemme du tracteur à la ligne continue sur 12 km

[en réalité, c'était 2 km dans cette affaire, mais le nombre importe peu car il faut le comprendre comme "une très, trop, longue portion de route"]

j'aurai tendance à classifier plusieurs cas de figures en fonction du "contexte" pédagogique.

1° Cas  

L'élève est en examen pratique. Au préalable, l'enseignant que je suis lui a fait part des consignes suivantes avant l'examen (vécu à plusieurs reprises en 35 ans d'exercice) Le jour  de l'examen si ligne continue et tracteur: ne pas dépasser, il interdit franchir ou chevaucher ligne continue.

le rappel des principes est toujours utile, et je crois ne pas avoir dit le contraire

Sauf si tracteur avoir panneau danger "activé" signalant travaux, sur le toit; peut alors dépasser en sécurité sans gêner traffic venant de face et arrière. Contexte de travaux alors.

le tracteur n'est plus alors un véhicule qui va (pas vite) son chemin, mais un engin de chantier au travail. Sa nature change, le comportement aussi.

J'ai expliqué à l'élève que" l'expert " assis à côté de lui peut lui demander d'éffectuer le dépassement malgré l'interdiction, toujours en gérant le traffic venant de face(arrière également, of course). Soit l'expert est compétent, il explique brièvement à l'élève examiné (pour le rassurer) que l'examen est neutralisé durant la réalisation de l'infraction.

Attention: nous ne sommes pas en infraction.

L'expert peut justifier par la suite des contraintes temporelles ou géographiques nécéssaires au bon déroulement de l'examen. Soit l'expert est incompétent et il exige le dépassement par le candidat sans autre forme d'explication! Exécution de l'ordre donné.

Si l'expert examinateur ne donne pas d'instructions, pas de dépassements. Si consécutivement à ce fait l'élève est ajourné, contester légitimement dans les formes

là, je dois avouer mon incompétence. Je ne sais pas ce que signifie "dans les formes", et je crois n'avoir jamais rencontré un expert [le terme sonne pourtant joliment] susceptible d'accepter une contestation. C'est d'ailleurs pour cette raison que tout enregistrement de l'examen est interdit par décret

 cette décision! Il est impossible dans des conditions de circulation normale d'ajourner un candidat qui refuse de commettre une infraction au code de la route.

2°Cas

L'apprenant est en leçon (étape 2/3/4). C'est le début des ennuis et de la sombre cogitation. Partagés entre le devoir, la loi et le bon sens. C'est peut-être l'occasion si l'élève est proche de l'examen de développer la stratégie du cas présenté ci-dessus.

Si rester derrière le tracteur renforce une plus value pédagogique et permet de gérer une action ou une explication sur un autre thème, à mon avis je la prends et je fais l'escargot en rentabilisant ce moment! Opportunisme, quand tu nous tiens.

En fonction de l'environnement il est peut être possible de modifier son itinéraire, tourner à droite ou à gauche, faire un arrêt avec "vérifications" à la clef par exemple. C'est refuser le problème mais certaines contraintes peuvent nous y obliger.

Selon le degré de compréhension ou le niveau de son élève, peut-on le laisser ou inciter à commettre l'infraction?

Pour moi c'est non!

bravo. simple bon sens.

Mais toujours interpréter et analyser le contexte et ses interactions dans le cas du dépassement impossible(degré de temporalité?) du tracteur. L'évaluation de l'instant T est pimordiale et déterminante pour une décision de bon sens ou anti-pédagogique quoi qu'il arrive.

Dans notre activité d'enseignement nous devons laisser commettre à nos apprenants de nombreuses fautes (donc des infractions), elles doivent toujours avoir une finalité et une justification pédagogique et ne représenter aucun danger pour nous et pour les autres.

J'ai été ainsi amené plusieurs fois à répondre d'infractions commises en équipage pédagogique devant un tribunal de police ou de proximité. A chaque fois que j'ai pu justifier de la valeur pédagogique de l'infraction commise, le juge m'a relaxé. Il ne m'a pas donné pour autant un blanc seing m'exonérant de respecter la loi. Il faut que ce soit clair.

c'est en effet parfaitement clair. Et le commission d'infraction, comme la commission d'erreurs, est dans la nature de l'enseignement et de l'éducation. "L'Homme progresse par ses erreurs" dit le sage, au volant comme ailleurs, à condition qu'elles soient expliquées, comprises, acceptées comme telles, et rejetées. La faute, le regret, la réparation, et l'intention réelle de ne pas la commettre à nouveau.

Mais le dépassement impossible du tracteur n'est que temporaire, et de ce fait il est difficile de trouver un alibi pédagogique. Déjà que la valeur de l'exemple est malmené par les autres usagers dans ce cas là, devons nous rester cohérents? je pense.

Valeur de l'exemple, en effet. Tant d'élèves qui nous disent qu'ils se demandent pourquoi ils doivent faire ceci ou faire cela, puisque personne ne le fait. Et comment justifier le non-port de la ceinture de sécurité par les policiers (les gendarmes sont bien plus rigoureux sur ce point) qui verbalisent ce manquement chez tous les autres. En ce sens, l'attitude du nouveau chef de l'Etat dans ses déplacements routiers est un bon signe, et un encouragement pour nous.

3°cas

L'élève est en étape 1/2 (non consolidé).

Même si la décision et l'action du dépassement ne lui appartiennent pas, nous avons un élève actif et témoin malgré tout. Faut-il détruire cette fameuse valeur de "l'exemplarité" pour une futilité? Toujours éplucher le contexte et les pertes ou gains éventuels de cette manoeuvre interdite. Dans l'exercice de notre fonction nous devons avoir notre libre arbitre et surtout assumer la responsabilité de nos choix et de nos actes.

4° cas

Le PIRE (ou le meilleur?)! Je suis seul au volant ou au guidon de mon véhicule, sans identifiants "auto-école". Là, chers ami(e)s docteur JEKYLL et mister HYDE est peut être de retour! Le paradoxe de l'être humain va peut être se réveiller en nous!

Il y a trente cinq ans, je dépassais c'est sûr! Maintenant je nuance un peu plus! Mais cela m'arrive encore régulièrement. Moralité, je garde le panneau de "toit" comme ça je m'oblige à respecter la loi!!! C'est dur!

Attitude pleine de sagesse. Quand nous avons du mal à nous contraindre à faire plutôt le bien que le mal, une aide extérieure est toujours la bienvenue.

A moi aussi, il m'est arrivé, au temps de ma jeunesse, de prendre des libertés avec le code de la route. Aujourd'hui, je suis devenu plus sage. Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait!...

Merci de me faire part de vos commentaires et avis, je serai heureux de les partager.

Jean-étienne GIRAUD

 

 

Bonne journée, et bon courage à tous.

 

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commentaires

Feux de jour 28/06/2012 11:00


C'est pas facile de respecter toutes les regles sur la route...surtout quand elles apparaissent absurdes a un context donné...mais bon quand on voit comment les gens roulent en absence de regles
claires, ou lorsque que les regles ne sont appliquees... comme dans certains pays d'asie que j'ai pu visiter...

moniteurautoecole 01/07/2012 22:25



Respecter les règles n'est facile ni sur la route ni ailleurs. Ceux qui élèvent des enfants, et mieux des ados, en savent quelque chose. Adultes et jeunes gens sont
logés à la même enseigne.


Quant à la pertinence des règles ("quand elles apparaissent absurdes à un contexte donné"), elle est souvent incontestable, fondée sur le principe de précaution qui
veut qu'on cherche à réduire l'exposition au risque. Ce qui peut prêter à discussion, c'est l'application qui en est faite, le choix entre tel ou telle solution, comme par exemple le placement
des panneaux de réduction-limitation de vitesse des bretelles de sortie d'autoroutes ou de voies rapides, toujours placés de telle sorte qu'ils sont inapplicables en droit et dangereux en
fait.


Par ailleurs, on sait qu'une règle non respectée et non sanctionnée perd toute légitimité. C'est pourquoi l'existence du panneau "stop" devrait être sérieusement
remise en cause, dans la mesure où les usagers ne s'arrêtent (n'immobilisent leur véhicule) que quand ils doivent laisser passer (céder le passage) à un autre usager. Ces "stop" deviennent de
facto des "cédez le passage" sans que cela émeuve qui que ce soit, un peu comme ces bandes cyclables réservées aux seuls cyclistes et qui servent beaucoup aux deux roues motorisés, du simple
cyclo aux plus grosses motos - mais on ne doit pas dire de mal des motards...


 


Moralité. Nous vivons dans un système où la formation des conducteurs se borne à leur montrer de quelle façon on peut obtenir le permis de conduire qui reste une
autorisation administrative et non un certificat de compétence. Il faut donc un code de la route très précis et complexe, et multiplier les messages, les panneaux, les indications, les
interdictions, etc. Mais ce qui est excessif étant insignifiant, on croule sous les contraintes dont la plus grande partie n'est appliquée que par intermittence, d'où le sentiment que la
réglementation "ne sert à rien".


Si on pouvait rêver, on imaginerait une véritable formation des usagers, puis des conducteurs (en commençant par les cyclistes, enfants des écoles). On penserait que
cette formation ferait partie intégrante de la formation du citoyen. On espérerait que parents et enseignants (de l'école et des écoles de conduite enfin devenues autre chose que des entreprises
strictement commerciales) se sentiraient responsables d'une éducation aux formes multiples, mais à l'enjeu unique.


Si on pouvait rêver...



GIRAUD Jean Etienne 15/06/2012 07:40


Deux petites précisions.


J'ai parlé d'un trajet de 12 kilomètres car c'est du vécu. En terre "Basque" il y a uen route entre Ciboure et Hendaye qui se nomme la route de la "corniche", du bord de mer si vous préférez et
qui sur une longueur d'environ 12 kilomètres est ornée d'une superbe ligne continue. (ou était celai fait longtemps que je ne l'ai pas parcourue!).


 Cette route touristique est en permanece partagée par des deux roues sans moteur et des véhicules agricoles entre autres. L'enseignant autochtone est donc confronté à ce dilemme en
permanence.


Alors qu'avec un peu de réflexion si une ligne discontinue" type ligne de dissuasion" avait été implantée cette problématique ne se poserait plus.


Le terme "expert" utilisé désigne tout simplement un inspecteur du permis de conduire, qu'il le soit ou pas d'ailleurs ("expert").

moniteurautoecole 17/06/2012 16:01



Merci pour la précision. A quand le concours pour déterminer qui possède la plus longue ligne continue?


En effet, une "ligne de dissuasion", si elle n'existe pas encore, serait tout de même une solution sage et efficace. Mais il ne faut pas oublier la double fonction de la signalisation routière:
donner aux automobilistes un certain nombre d'indications pour faciliter la conduite, ET protéger la tranquillité des pouvoirs publics en mettant tout en oeuvre pour les exonérer d'une éventuelle
responsabilité en cas de problème (dans cette occurrence, la ligne continue prend tout son sens).


Un mot sur les "deux roues sans moteur". Dommage de les définir par la négative, comme on explique souvent aux petites filles qu'elles n'ont pas de zizi. On peut aussi dire "cycles", ou "vélos",
ce n'est pas plus mal. Et on pourrait aller plus loin dans la réflexion: une route touristique, dans une région magnifique qui ne demande qu'à être visitée, et qui n'a même pas de piste cyclable
convenablement aménagée... Mais quel est donc ce pays qui a tellement de retard...


 


Quand aux "experts", mon opinion personnelle est connue depuis longtemps par ceux qui me lisent ici ou ailleurs (blog et forums divers) depuis plusieurs années. Dans ce domaine comme dans bien
d'autres, ces experts sont le plus souvent autoproclamés, et "l'exercice de leur expertise" se borne à justifier leurs erreurs, ou à interdire à quiconque de porter sur eux un jugement critique.
Peut-on expliquer autrement l'interdiction (réglementaire) d'enregistrer, sous quelque forme que ce soit, le déroulement d'un examen pratique, ce qui coupe à la racine toute possibilité de
contrôle ou de contestation.


Alors, ces "experts", souvent anciens enseignants - n'aimaient-ils pas leur métier, ou était-il trop difficile?- qui ont préféré tranquillité professionnelle, sécurité de l'emploi, stabilité de
l'employeur, salaire garanti, et invulnérabilité absolue...


 


Bon courage à tous.