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  • : Le blog des moniteurs et des élèves
  • : Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 15:22

Un courrier vient d'arriver dans le boite à lettres. Je vous le livre.

 

 

Bonjour, j'ai honte mais, titulaire du BEPECASER, j'ai du mal à répondre à cette question : "Peut-on dépasser un tracteur sur une ligne continue ?" Et deuxièmement : "Que va faire l'inspecteur dans ce cas de figure si ligne mesure 2km et si le tracteur roule à 40km/heure ?"

Je sait qu'on est autorisé à dépasser un véhicule à l’arrêt, ou à franchir la ligne continue en cas de force majeure, qu'il en est de même en cas d'accident ou de travaux, que c'est autorisé en cas de chantier mobile, mais ce tracteur me pose un sérieux problème.

En cherchant sur forum "easy-droit", une avocate répond : "Non le dépassement est interdit si ligne est continue."

Sur un autre forum le conducteur perd 3points et paie une amende (avec risque de suspension) quand il est contrôlé par la police après avoir dépassé ce tracteur.

Je ne suis jamais tombé sur une "série" de code abordant ce problème, mais, selon les élèves qui ont déjà rencontré cette question, la réponse est "oui, je peux (ou je dois) dépasser le tracteur malgré la ligne continue.

Et dans le Lamer rien ne dit ou ne sous-entend que c'est autorisé.

 

Bref je suis dans la panade avec çà, alors (y a pas d'ironie la-dedans) comme tu as eu 18/20 j'espère recevoir ta solution au problème.

 

Merci d'avance.

 

PS Çà m'énerve de devoir apprendre des trucs que je devrais savoir...

 

 

 

Et voici la réponse...


 

J'aurais eu 18/20 ? Mais quand ? Et à quelle épreuve ?

Et si c'était le cas, ce n'est pas en vertu de cela qu'on peut répondre à des questions, mais en vertu d'une lecture précise des textes – et non en écoutant ceux qui disent savoir sans pouvoir étayer leurs dires.

 

Revenons à notre problème.

 

Faisons d'abord la différence entre droit et réglementation d'une part, et perceptions individuelles d'autre part.

 

Les perceptions individuelles...

La question est simple et peut se formuler ainsi : Suis-je vraiment contraint de me "trainer" pendant deux kilomètres derrière un tracteur qui roule à 40 km/h parce qu'il y a une ligne continue qui m'empêcherait de dépasser. Suis-je contraint de passer TROIS MINUTES (le temps mis pour parcourir les 2 km à la vitesse de 40 km/h) derrière un tracteur qui sent mauvais alors que j'ai le sentiment de ne pas avancer et qu'à côté de moi un inspecteur dont je dépends absolument pourrait s'impatienter. En effet, lors de mon apprentissage de conducteur, tout comme dans ma vie de passager, c'est toujours le temps gagné, l'efficacité, la vitesse qui ont été valorisés, et je n'ai pas oublié que cet inspecteur m'a demandé en début d'épreuve "d'atteindre sans tarder les vitesses autorisées", ou en cours d'épreuve "de ne pas tarder à dégager l'intersection"...

 

Le droit et la réglementation...

Je suis allé chercher dans le Code de la route, et j'ai trouvé cet article R412-19 qui stipule : "Lorsque des lignes longitudinales continues axiales ou séparatives(sic) de voies de circulation sont apposées sur la chaussée, elles interdisent aux conducteurs leur franchissement ou leur chevauchement."

 

Voilà qui est clair, net et précis.

 

Et donc, derrière ce tracteur, je roule à distance raisonnable et j'attends la fin de la ligne continue, ou la zone de dépassement, ou qu'il tourne à droite ou à gauche à la prochaine intersection. Cet avocate a donc tout à fait raison.

 

Revenons à la perception, ou plutôt aux faits tels qu'ils sont perçus.

 

40 km/h pour le tracteur, c'est exact, c'est sa vitesse maximum.

Une ligne continue de 2 km ? Qu'en sais-je ? L'ai-je mesurée ? Ne s'agit-il pas d'une "évaluation", hâtivement faite alors que je suis coincé derrière ce tracteur et que je commence à m'impatienter ? Et coincé depuis combien de temps ? 30 secondes(330 mètres) ? Une minute (660 mètres) ? Trois minutes, c'est très long...

Et cette ligne continue, n'est-elle pas justifiée par des virages, des côtes successives, une végétation qui gêne tout visibilité, tout dépassement en toute sécurité ?

Et si elle a été préférée à une ligne dite "de dissuasion" – qui permettrait ce dépassement – n'y a-t-il pas une bonne raison que je suis capable de comprendre ?

 

Et n'est-il pas beaucoup plus valorisant vis à vis d'un inspecteur (que, par hypothèse, je gratifie d'intelligent et d'attentif à la sécurité de tous – il en existe) de montrer qu'on sait comprendre, appliquer, voire justifier une réglementation qui n'est pas là seulement pour contraindre...

 

 

Pour mémoire, on peut consulter également "l'instruction ministérielle sur la signalisation routière. Septième partie. Marques du chaussées" en suivant ce lien ; malheureusement, la version .pdf en ligne est dépourvue de liens hypertexte, ce qui ne facilite pas la lecture. Toute modernité a ses limites...

 

Et on peut s'interroger sur l'article R414-11 qui précise que "tout dépassement est interdit sur les chaussées à double sens de circulation, lorsque la visibilité vers l'avant n'est pas suffisante, ce qui peut être notamment le cas dans un virage ou au sommet d'une côte, sauf si cette manœuvre laisse libre la partie de la chaussée située à gauche d'une ligne continue" mais qui poursuit "ou si, s'agissant de dépasser un véhicule à deux roues, cette manœuvre laisse libre la moitié gauche de la chaussée". Ce qui hélas semble justifier le dépassement de cyclistes dans des conditions de sécurité très contestables.

 

Bon courage à tous.

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commentaires

lologignac 07/05/2014 14:15

bonjour a tousss
j'ai passer mon permis et a un moment g dépasser un petit tracteur qui roulé très longtement sans que je franchissement ni que je chauvauche la ligne continue l 'inspecteur na rien fait ni rien dit .
cette maneuvre est elle éliminatoire ?
MERCI DE ME REPONDRE RAPIDEMENT CDL

GIRAUD Jean Etienne 03/06/2012 19:12


Bonjour,


Alain, grand philosophe a écrit "La théorie c'est trés pratique"!


Face au cruel dilemme du tracteur à la ligne continue sur 12 kms, j'aurai tendance à classifier plusieurs cas de figures en fonction du "contexte" pédagogique.


1° Cas  


L'élève est en examen pratique. Au préalable, l'enseignant que je suis lui a fait part des consignes suivantes avant l'examen(vécu à plusieurs reprises en 35 ans
d'exercice) Le jour  de l'examen si ligne continue et tracteur: pas dépasser, interdit franchir ou chevaucher ligne continue.


Sauf si tracteur avoir panneau danger "activé" signalant travaux, sur le toit; peut alors dépasser en sécurité sans gêner traffic venant de face et arrière. Contexte de travaux
alors.


J'ai expliqué à l'élève que" l'expert " assis à côté de lui peut lui demander d'éffectuer le dépassement malgré l'interdiction, toujours en gérant le traffic venant de face(arrière également, of
course). Soit l'expert est compétent, il explique brièvement à l'élève examiné (pour le rassurer) que l'examen est neutralisé durant la réalisation de l'infraction. L'expert peut justifier
par la suite des contraintes temporelles ou géographiques nécéssaires au bon déroulement de l'examen. Soit l'expert est incompétent et il exige le dépssement par le candidat sans autre forme
d'explication! Exécution de l'ordre donné.


Si l'expert examinateur ne donne pas d'instructions, pas de dépassements. Si consécutivement à ce fait l'élève est ajourné, contester légitimement dans les formes cette
décision! Il est impossible dans des conditions de circulation normale d'ajourner un candidat qui refuse de comettre une infraction au code de la route.


2°Cas


L'apprenant est en leçon (étape 2/3/4). C'est le début des ennuis et de la sombre cogitation. Partagés entre le devoir, la loi et le bon sens. C'est peut-être l'occasion si
l'élève est proche de l'examen de développer la stratégie du cas présenté ci-dessus.


Si rester derrière le tracteur renforce une plus value pédagogique et permet de gérer une action ou une explication sur un autre thème, à mon avis je la prends et je fais l'escargot en
rentabilisant ce moment! Opportunisme, quand tu nous tiens.


En fonction de l'environnement il est peut être possible de modifier son itinéraire, tourner à droite ou à gauche, faire un arrêt avec "vérifications" à la clef par exemple. C'est refuser le
problème mais certaines contraintes peuvent nous y obliger.


Selon le degré de compréhension ou le niveau de son élève, peut on le laisser ou inciter à comettre l'infraction?


 Pour moi c'est non!


Mais toujours interpréter et analyser le contexte et ses interactions dans le cas du dépassement impossible(degré de temporalité?) du tracteur. L'évaluation de l'instant T est
pimordiale et déterminante pour une décision de bon sens ou anti-pédagogique quoi qu'il arrive.


Dans notre activité d'enseignement nous devons laisser comettre à nos apprenants de nombreuses fautes (donc des infractions), elles doivent toujours avoir une finalité et une justification
pédagogique et ne représenter aucun danger pour nous et pour les autres.


J'ai été ainsi amené plusieurs fois à répondre d'infractions commises en équipage pédagogique devant un tribunal de police ou de proximité. A chaque fois que j'ai pu justifier de la valeur
pédagogique de l'infraction commise, le juge m'a relaxé. Il ne m'a pas donné pour autant un blanc seing m'exonérant de respecter la loi. Il faut que ce soit clair.


Mais le dépassement impossible du tracteur n'est que temporel, et de ce fait il est difficile de trouver un alibi pédagogique. Déjà que la valeur de l'exemple est malmené par les autres usagers
dans ce cas là, devons nous rester cohérents? je pense.


3°cas


L'élève est en étape 1/2 (non consolidé).


Même si la décision et l'action du dépassement ne lui appartiennent pas, nous avons un élève actif et témoin malgré tout. Faut-il détruire cette fameuse valeur de "l'exemplarité" pour une
futilité? Toujours éplucher le contexte et les pertes ou gains éventuels de cette manoeuvre interdite. Dans l'exercice de notre fonction nous devons avoir notre libre arbitre et surtout assumer
la responsabilité de nos choix et de nos actes.


4° cas


Le PIRE (ou le meilleur?)! Je suis seul au volant ou au guidon de mon véhicule, sans identifiants "auto-école. Là, chers ami(e)s docteur JEKYLL et mister HYDE est peut être de
retour! Le paradoxe de l'être humain va peut être se réveiller en nous!


Il y a trente cinq ans, je dépassais c'est sûr! Maintenant je nuance un peu plus! Mais cela m'arrive encore régulièrement. Moralité, je garde le panneau de "toit" comme ça je m'oblige à respecter
la loi!!! C'est dur!


Merci de me faire part de vos commentaires et avis, je serai heureux de les partager.


Jean-étienne GIRAUD


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


&nbs

moniteurautoecole 07/06/2012 08:42



Merci pour ce long commentaire.


A part un détail (12 km au lieu de 2, ce qui correspondrait à 18 minutes passée derrière notre tracteur...), je ne me sens pas, a priori, en désaccord avec vous sur le fond.


Mais cela vaut une réponse plus substantielle que ces quelqueds lignes. A très bientôt donc.


Cordialement.