Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des moniteurs et des élèves
  • : Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
  • Contact
15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 17:57

On a déjà évoqué ici, et à de nombreuses reprises, les conditions (étonnantes, parfois), dans lesquelles est dispensé l'enseignement de la conduite des automobiles (permis B), sans parler de l'enseignement de la conduite des motocyclettes (permis A), ce qui est une autre affaire à traiter en tant que telle.

 

Pour enseigner la conduite des automobiles, il faut avoir acquis une compétence, sanctionnée par un diplôme, le BEPECASER (Brevet pour l'Exercice de la Profession d'Enseignant de la Conduite des Automobiles et de la SÉcurité Routière – on notera que ce n'est pas un Certificat d'aptitude à l'enseignement...). On passe alors examen national après environ une année scolaire de formation, tant théorique que pratique, qui mène au diplôme.

Une fois ce diplôme obtenu, il est nécessaire d'en passer par un examen médical, comparable à celui passé pour pouvoir conduire les poids lourds, taxis, et autres ambulances, pour obtenir une "autorisation d'enseigner" délivrée par le préfet. Donc, on peut dire que la compétence (sanctionnée par un diplôme) ne suffit pas, et que la santé (constatée par un médecin désigné par l'autorité gouvernementale, via le préfet) est tout aussi indispensable.

 

Peut-on alors gagner sa vie en enseignant la conduite ? Non, pas directement. Car l'enseignement de la conduite des automobiles à titre onéreux ne peut être organisé qu'au sein de structures ayant reçu un agrément délivré par l'autorité administrative (Article L213-1) sur des critères dont la-dite autorité a le plein contrôle.

On peut considérer qu'il est normal, concernant une activité qui met en jeu la sécurité individuelle et collective, que l'État exerce un contrôle sur les conditions de son enseignement. Seuls les esprits chagrins s'étonneront alors qu'il n'y ait pas d'écoles pour apprendre à boire ou à fumer (activités dangereuses pour soi et pour son entourage), ou à élever les enfants (autre activité à haut risque)... mais ce sont là, en effet, des esprits chagrins qui pourraient aller jusqu'à considérer, si jamais on les laissait s'abandonner à leurs tristes penchants, que l'enseignement de la conduite devrait relever de l'Éducation nationale...

Donc, aujourd'hui, il existe des auto-écoles, établissements privés, qui jouissent d'une autorisation administrative, sont libres de leurs tarifs (souvent folkloriques) mais pas de leurs méthodes ou de leur cursus d'enseignement (Il faut appliquer le PNF – Programme National de Formation), qui sont les seuls lieux où les titulaires du BEPECASER peuvent travailler et gagner leur vie (à l'exception des très rares auto-écoles associatives qui survivent grâce aux fonds publics).

 

On pourrait considérer le problème à l'envers. Peut-on apprendre à conduire n'importe où, et avec n'importe qui, et gratuitement ? La réponse semble être positive, se présenter en "candidat libre" (le terme "libre" est toujours mélodieux et significatif à nos oreilles) ne semblant pas être interdit. Ainsi, malgré les apparences, les auto-écoles ne jouissent pas d'un monopole pour la formation des candidats (leur seul monopole est sur l'enseignement à titre onéreux), tout comme l'Éducation nationale n'a pas le monopole de l'enseignement général, ce qui permet l'existence d'établissements dits privés à côté des établissements publics. Mais on ne confie pas l'enseignement de la conduite à n'importe qui, et c'est bien normal.

 

Voilà pourquoi, depuis le décret du 18 décembre 2009, et l'arrêté ministériel du 18 juin 2010 paru le 7 juillet, on a voulu encadrer mieux les "accompagnateurs" d'élèves non payants (et peut-être impécunieux) qui ne s'adresseraient pas directement à des auto-écoles pour apprendre à conduire. Ces accompagnateurs devront avoir reçu une formation au moins égale à 7 heures, théorique et pratique (4 heures minimum), "formation dont le programme est défini à l'annexe 1 du présent arrêté, [qui] a pour but de donner à l'accompagnateur des conseils utiles pour comprendre l'importance de son rôle et de lui apprendre à utiliser le dispositif des doubles commandes en opportunité et sécurité" précise l'arrêté.

On ne peut que se féliciter de cette précaution. Mais on s'interroge aussi. Car, si cette formation (compter entre 200 et 600 euros – montant à vérifier) ne donne le droit que de former un seul élève, nommément désigné, elle semble bien courte pour acquérir les automatismes qu'on trouve rarement chez les jeunes enseignants. En gros, les choses se passeront simplement : la matinée (3 heures) se passera à quelques exposés théoriques, à base de DVD et autres Powerpoint© dont on fait un usage immodéré dans tous les centres de formation, et l'après-midi (4 heures) se passera dans la voiture avec un "élève cobaye", et, si possible, deux ou trois "élèves formateurs" qui auront payé chacun une somme substantielle. Il y aura des journées qui ne seront pas perdues pour tout le monde.

 

Reste à savoir s'il y aura des candidats. Posséder, ou louer (la plupart des loueurs ont-ils renoncé ?) une voiture à doubles commandes, avoir à l'assurer éventuellement, recevoir une formation qui ne pourra être que sommaire pour n'avoir le droit de former qu'un seul élève nommément désigné (familles nombreuses, s'abstenir), tous les ingrédients sont là pour rafraichir les plus ardents enthousiasmes. À se demander si cet arrêté n'aurait pas été directement écrit dans les bureaux du CNPA, section auto-écoles, pour éliminer toute concurrence, même bénévole.

 

Enfin, tout cela nous amène à nous poser certaines questions, certainement sottes aux yeux de beaucoup :

st-il si facile d'enseigner la conduite qu'un rapide stage d'une journée permet de le faire efficacement...

Peut-on confier la sécurité d'un apprenti à une personne qui en aura appris si peu...

Que vaudra l'enseignement reçu aux yeux d'un inspecteur du permis de conduire, tellement habitué à la saine symbiose avec les auto-écoles...

Qu'apprend-on de plus au cours des longs mois passés dans les centres de formation de moniteurs...

 

Liste non exhaustive, évidemment.

 

A vos commentaires, et bon courage à tous.

 

Partager cet article
Repost0

commentaires