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  • : Le blog des moniteurs et des élèves
  • : Un blog pour les moniteurs, mais aussi pour les élèves conducteurs, pour permettre aux premiers d'exercer enfin librement leur métier (leur art!), et offrir aux seconds un enseignement de qualité, à moindre frais, dans une relation de confiance et de liberté.
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9 octobre 2011 7 09 /10 /octobre /2011 04:14

Et ce dont on aurait pu parler, ou dont on pourrait parler aux élèves des auto-écoles...

 

 

 

Bonjour Choupette,

 

Je crois qu'il n'est pas inutile de faire un rappel historique qui va vous éclairer sur cette différence entre les États-Unis et la France en particulier (et l'Europe de l'ouest en général).

 

En France, conduire une automobile a été, à l'origine, une affaire de professionnels. Car il y avait une grande différence entre ceux qui avaient les moyens de s'offrir une voiture (comme ceux qui avaient les moyens de "rouler carrosse"), et ceux qui avaient la compétence pour les conduire. Et tout comme c'étaient des domestiques qui étaient cochers ou palefreniers, ce furent des domestiques (des mécaniciens capables de conduire et d'entretenir, devenant peu à peu salariés) qui conduisirent les voitures. D'où la profession, que vous ne connaissez peut-être pas, de chauffeur de maître.

La confusion entre avoir une voiture et conduire une voiture s'est faite très lentement, suivant l'évolution de la production, qui passa peu à peu de la fourniture d'une part d'un ensemble châssis-moteur, et d'autre part d'une carrosserie souvent réalisée à l'unité (notez qu'en Grande-Bretagne la profession de carrossier est encore bien vivante alors qu'elle a disparu en France, ou presque), à la production en série de voitures standardisées.

Ce n'est qu'après la Seconde guerre mondiale qu'on est passé, avec des véhicules comme la 4CV Renault ou la 2CV Citroën, ou encore la Topolino de FIAT en Italie, à des véhicules (presque) abordables, donc destinés à n'être conduits que par leurs propriétaires (des hommes, presque toujours) qui ont alors appris à conduire avec le poids culturel et technique hérité du passé, donc avec les contraintes techniques que maitrisaient dès le départ les mécaniciens.

 

Toute autre est la situation aux États-Unis. Dès 1908, Henry Ford invente la production automobile en grande série. Un véhicule relativement bon marché, fabriqué par des ouvriers relativement bien payés, mais qui n'ont pas les moyens de s'offrir un chauffeur. D'ailleurs, dans un pays où l'individualisme est presque une religion, et où on a fait table rase des vieux principes et des vieilles habitudes de l'Europe, pas question de reproduire un statut de domestique (pour les blancs, bien entendu). Donc, l'ouvrier de Ford ou d'ailleurs qui achète une voiture doit pouvoir la conduire lui-même, d'où un système de transmission peu efficace, il est vrai, mais extrêmement simple à utiliser. La Ford T inaugure donc la transmission automatique, ou ce qui en sera l'ancêtre.

Le mouvement est lancé, rien ne l'arrêtera, et il s'amplifiera de lui-même: les voitures sont faciles à conduire, elles sont bon marché, l'essence (produite sur place, au Texas et ailleurs) est abondante, donc la conduite sera offerte à tous, aux femmes bien plus vite qu'en Europe, aux jeunes bien plus tôt (16 ans, voire plus tôt dans certains cas) qu'en France.

 

Encore aujourd'hui, nous sommes "victimes" de notre "culture". Pour beaucoup de gens, en particulier dans le milieu des auto-écoles et dans celui des inspecteurs, conduire requiert des compétences techniques. Démarrer en côte, rétrograder au meilleur moment, faire patiner l'embrayage, et écouter son moteur, ou ne pas le faire souffrir ne sont que des compétences strictement techniques qui ont peu à voir avec le comportement social qu'on peut exiger d'un conducteur. De plus, ces "compétences" viennent souvent parasiter les gestes ou les actions qui seraient de nature à améliorer ce comportement social. Mais ce sont aussi ces "compétences" qui rendent la conduite plus difficile, donc plus noble, et justifient des efforts plus importants et plus coûteux. Et valorisent aussi, il faut bien le dire, deux professions qui ont bien du mal à justifier de leur importance, surtout dans les conditions où elles s'exercent actuellement, celles d'enseignant de la conduite et celle d'inspecteur du permis de conduire.

 

Voilà, Choupette, une autre approche du problème, que peu de gens acceptent d'entrevoir. Ce qui est bien dommage.

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